Mon parcours de sexologue : Carine Abou Dahab, B.A. sexologie
Carine Abou Dahab, une personne passionnée et sexologue dévouée avec plus d'une décennie d'expérience dans la santé sexuelle, partage son profond parcours dans une entrevue éclairante avec Habibi Plz. Élevée dans une famille d'immigrants, son exploration de la santé sexuelle a été accueillie par le silence et la peur. Malgré cela, et peut-être à cause de cela, la curiosité de Carine l'a menée à étudier la sexologie, allant au-delà des bases pour comprendre les aspects complexes de l'identité humaine, des émotions et des normes sociétales. L'approche de Carine est motivée par un profond sentiment d'empathie et un désir de promouvoir la compréhension dans le domaine de la santé sexuelle et relationnelle. Plongez plus profondément dans les réflexions de Carine ci-dessous et dans les contributions inestimables qu'elle apporte au domaine.
Alors, qu'est-ce que la sexologie implique exactement?
Pour moi, la sexologie ne se limite pas à apprendre les bases du fonctionnement de notre corps et de la façon dont les bébés sont faits. C'est plus profond que ces simples explications. La sexologie consiste à plonger profondément dans son propre corps, ses sentiments et son identité. En d'autres termes, comment naviguer dans la vie, l'esprit, le corps et l'âme au sein de la société dans laquelle on vit et des valeurs culturelles que l'on choisit de défendre.
Je viens d'une famille d'immigrants, et dans notre foyer, parler de santé sexuelle était toujours accueilli par la peur, le silence et le secret. C'était un sujet que personne ne voulait aborder ouvertement, surtout lorsque des événements marquants m'arrivaient. Quand j'avais 9 ans, j'ai subi des abus sexuels, mais il ne fallait jamais en parler. Puis plus tard, quand j'ai eu mes règles, on m'a donné un tutoriel de 5 minutes sur la façon de mettre une serviette hygiénique et on m'a dit quelques années plus tard qu'il ne fallait jamais utiliser de tampon sans explication sur le pourquoi. J'avais trop de questions auxquelles je ne trouvais pas de réponses – pourquoi du sang sort de ma vulve? Qu'est-ce qu'il y a de si mauvais avec un tampon? Qu'est-ce que tu veux dire par « tu le sauras après ton mariage »? (Pour information, j'ai 39 ans et je n'ai jamais été mariée. J'attends encore techniquement lol). Tant de questions, et les réponses étaient que les bonnes filles ne posent pas de questions… jamais. Il était considéré comme impoli d'être curieux. En gros, j'ai reçu le message de me taire et d'être jolie. J'ai été punie pour ma curiosité d'enfant et mon besoin de comprendre ce qui m'était arrivé. C'est le malaise de mes parents, leur manque de compétences en communication et leur maladresse pour me protéger qui m'ont fait honte de mille manières. Dans mon histoire, je comprends maintenant que ce n'est pas leur faute. Ils ont réagi de manière familière parce qu'ils n'avaient pas les connaissances pour répondre correctement à mes questions. Ce n'est qu'une couche de mon oignon. Ne vous inquiétez pas, mon thérapeute m'aide à déballer toutes ces couches. Néanmoins, cette couche est trop fréquente pour beaucoup d'entre nous.
En grandissant, le silence n'a fait qu'accroître ma curiosité intérieure concernant la sexualité humaine. Il m'a semblé naturel d'approfondir mes études. Cela m'a aidée à réaliser à quel point certaines relations amoureuses étaient abusives à l'époque. J'ai appris que je ne sais rien de la condition humaine, si ce n'est d'être humaine. Les liens que je peux établir aujourd'hui avec presque tous les aspects de la vie en relation avec la santé sexuelle sont stupéfiants ; cela va au-delà des bases et embrasse les complexités de l'être humain.
Dans le monde d'aujourd'hui, nous nous concentrons souvent sur le genre et les pronoms lorsqu'il s'agit de sexualité. Néanmoins, il est important de ne pas oublier la vue d'ensemble. Il m'attriste de constater qu'au Canada, où nous avons le privilège de discuter ouvertement de la santé sexuelle, de nombreuses personnes la négligent et ratent l'occasion d'apprendre. Ou du moins d'avoir un dialogue réflexif sur nous-mêmes, nos connaissances et ce qui nous effraie ET nous rassure concernant la santé sexuelle et relationnelle.
Au cours des 10 dernières années, j'ai animé des ateliers sur la santé sexuelle auprès d'environ 15 000 adolescents. J'ai rencontré des jeunes confrontés à des conditions et des réalités de vie très difficiles, tels que des abus (à l'intérieur et à l'extérieur du foyer), la négligence de leurs besoins primaires (nourriture, logement, etc.), et beaucoup vivant avec des difficultés de santé mentale et des traumatismes profonds. Il est déchirant de penser que dans notre société canadienne privilégiée, nous nous disputons sur les pronoms et refusons d'offrir aux enfants cette simple sécurité que nous avons tous le pouvoir de leur donner. Il existe d'autres circonstances urgentes et potentiellement mortelles vers lesquelles nous pourrions rediriger notre énergie et apporter notre aide.
Cela ne veut pas dire que les pronoms ne sont pas importants, car ils le sont, et cela est souligné par les statistiques alarmantes de suicides, qui soulignent leur rôle crucial dans la santé mentale. Nous nous devons, à nous-mêmes et à tous, un système de soins de santé sûr qui nous reconnaisse tous. Mais comment promettre cela, alors que notre système de santé est en ruine. Ce qui conduit les gens à quitter nos institutions publiques pour chercher des institutions privées, car travailler 40 heures par semaine n'est plus viable pour simplement vivre. Pour ceux qui ne peuvent pas se permettre la voie privée, ils doivent maintenant attendre au moins 6 à 12 mois pour tout service de santé ou social, ce qui les expose à de nombreuses autres complications. Les manifestations sont destinées à éclairer et à soutenir les réalités de la minorité, et non à s'y opposer. Les droits de personne ne sont violés lorsqu'un être humain demande à être appelé par le nom et le pronom de son choix.
Vous vous demandez peut-être si moi, une femme cis-hétéro, je comprends toutes les complexités des différentes identités. J'admets ne pas avoir toutes les réponses, mais je suis là pour soutenir quiconque en a besoin. Je suis également consciente de certains de mes privilèges en matière d'identité de genre et d'orientation sexuelle. Même dans une institution de santé en difficulté, un travailleur de la santé ne me mégenrera pas. Le manque de compréhension et de formation inclusive (diversité sexuelle et culturelle) peut créer des traumatismes et de l'angoisse quant à l'adéquation de nos services de santé et sociaux. Bien qu'être une femme présente des défis dans le système médical, l'un ne discrédite pas l'autre. Mon humanité doit primer car je reconnais les sentiments de douleur et de souffrance même s'ils ne sont pas enracinés dans les mêmes réalités. Lorsqu'une personne risque de se faire du mal, et si l'utilisation des pronoms est un pas vers le maintien en vie, alors je le fais. Il ne s'agit pas de moi. Il s'agit d'offrir à un être humain un espace bienveillant et aimant où il peut simplement être lui-même.
Dans d'autres parties du monde, des gens luttent pour obtenir des choses de base comme la nourriture et un abri. L'éducation n'est pas toujours accessible. Nous avons la chance de pouvoir réfléchir à ces idées avancées, et nous devons utiliser nos connaissances pour nous entraider, pas pour nous rabaisser. J'ai dû et je suis toujours en train d'affronter tous mes préjugés, mes -phobies et -ismes (homophobie, transphobie, racisme, mes -ismes intériorisés...) pour faire un choix conscient d'apprendre, de désapprendre et de réapprendre. Personne ne grandit en sachant tout et tout le monde grandit avec des traumatismes intergénérationnels, des préjugés, de la peur et ainsi de suite. À l'ère de la technologie, nous avons accès à tellement d'informations qu'il n'est pas difficile de prendre un moment pour rechercher et écouter les autres réalités loin de nos propres expériences. Même si cela nous fait réévaluer tout ce que nous pensions savoir. Lorsque je parle à quelqu'un, je pars d'une curiosité enfantine et d'un amour pour mon prochain. C'est ma base.
Quant aux manifestations et aux modifications législatives concernant les droits et l'éducation en matière de santé sexuelle, je peux comprendre pourquoi les gens sont préoccupés. Apprendre est non seulement important, c'est essentiel. Dans ma province natale du Québec, il y a eu des problèmes avec l'éducation sexuelle, et il semble y avoir une certaine peur autour de l'éducation sexuelle. Nous devons enseigner aux gens les relations, les traumatismes et les compétences essentielles de la vie telles que la communication, les limites, l'utilisation du préservatif, etc. Imposer sans dialogue crée de la peur et de l'impuissance. Et cette impuissance désarme de nombreuses personnes. Néanmoins, ce sentiment crée de la vulnérabilité. Et la vulnérabilité peut être belle et créer un moment de lien entre les individus. Une solution consiste à créer des espaces d'apprentissage intersectionnels, intergénérationnels, diversifiés, positifs et inclusifs non seulement pour les parents ET les enfants, mais pour tous les autres êtres humains. Avec des outils qui peuvent aider à naviguer cela, nous pouvons atteindre une partie de notre objectif commun d'avoir des espaces sûrs pour des enfants émotionnellement sains. Ils sont notre avenir après tout.
De plus, nous devons développer une compréhension et des outils complets pour aider les nouveaux arrivants à comprendre les valeurs, les droits et les responsabilités de leur nouveau pays. Ils viennent de lieux où la vie est différente, et ils méritent notre soutien et notre compréhension. Dans ma propre expérience de vie, il a fallu trois ans à ma mère pour accepter que je sois spécialiste en santé sexuelle. Elle a dû faire son propre cheminement pour comprendre ce que cela signifiait, et bien qu'elle continue d'en saisir la portée, elle l'accepte. Cela m'amène à l'un de mes objectifs à long terme, qui est de m'impliquer non seulement auprès des nouveaux arrivants (immigrants, réfugiés, visas de travail...) et des nouvelles générations, mais aussi auprès de la communauté BIPOC. Chaque jour, j'apprends et je pratique pour offrir des approches nouvelles et inclusives en matière de santé sexuelle et relationnelle. De nombreuses compétences enseignées dans les établissements d'enseignement omettent d'être inclusives des communautés et des réalités BIPOC. Le complexe du sauveur est très présent dans le travail thérapeutique. Cela doit changer. Le pouvoir est entre les mains de l'individu et, le cas échéant, de la communauté qui l'entoure. Ils ont leurs propres outils merveilleux. C'est la désapprentissage des idées fausses concernant une partie de leurs cultures et de leur histoire qui peut rendre les choses difficiles, ce qui est compréhensible. Cela prend du temps, mais c'est possible.
Les protestations actuelles et les changements de lois peuvent être effrayants pour beaucoup. Les gens ont souvent peur de ce qu'ils ne comprennent pas. Nous devons avoir des conversations honnêtes sur des sujets compliqués. Il ne s'agit pas seulement de pronoms; il s'agit de vivre ensemble pacifiquement et surtout en solidarité. Nous avons également besoin du soutien de nos dirigeants gouvernementaux pour soutenir l'essentiel collectif. Par exemple, l'embauche de sexologues, de professionnels de la santé sexuelle ou même de militants pour aider et donner des informations objectives et inclusives sur le sujet – cela pourrait réduire la confusion, la peur et la colère entourant les programmes d'éducation sexuelle. Je rêve de sensibiliser les professionnels (juges, médecins, comptables, dentistes, coiffeurs...) à la santé sexuelle et relationnelle afin qu'ils comprennent l'importance de la façon dont leur soutien et leur conscience peuvent être bénéfiques pour leurs clients et leur communauté. Nous devons cesser de faire de l'exclusion et prendre soin les uns des autres.
Même si je n'ai pas toutes les réponses, j'ai la chance d'avoir accès à des ressources et à des personnes qui peuvent m'enseigner et travailler à mes côtés. Je ne suis peut-être pas confrontée aux mêmes défis que les personnes que j'aide, mais je suis à leurs côtés. C'est un chemin difficile, mais nécessaire.
Au final, il s'agit de construire une société meilleure et plus inclusive. Nous devons reconnaître le bon et le mauvais dans nos propres cultures et apprendre les uns des autres. Dans ma position, je choisis une partie de l'aspect communautaire que mon ascendance égyptienne me donne, mais je navigue pour inclure les soins individualistes pour moi que la culture québécoise possède. Nous sommes tous dans le même bateau, et ensemble, nous pouvons faire la différence.
Avec amour,
Carine A. Dahab
L'experte en sexe humaine